En 2022, mon travail m’a offert quelque chose d’inattendu : un petit atelier de poterie. Deux ou trois heures dans un atelier, les mains dans l’argile, et j’en suis ressortie avec un bol à ramen que j’avais fait moi-même. C’était bancal mais beau. C’était satisfaisant d’une manière que je n’avais pas anticipée. Et puis je suis rentrée chez moi, j’ai posé le bol sur une étagère, et je n’ai pas du tout pensé à ce qui allait suivre.
Parce que pour moi, à ce moment-là, c’était une expérience ponctuelle. Une belle parenthèse. Un joli bol pour mes soupes aux nouilles. Je ne cherche pas à changer de carrière — je travaille dans la tech, j’aime ce que je fais. La poterie, c’était un cadeau de travail, une après-midi agréable, et voilà.
La parenthèse s’est refermée. La vie a continué. Et pendant presque trois ans, je n’ai pas vraiment repensé à l’argile.
Jusqu’en 2025, quand j’ai eu la chance de m’inscrire aux cours hebdomadaires de poterie. Et là, quelque chose a changé — quelque chose que je n’avais pas vu venir. Ce n’était plus une parenthèse. C’était devenu une pratique. Chaque semaine, j’allais au cours, même quand je n’avais pas envie de voir du monde. Chaque semaine, j’essayais de dompter un morceau de terre pour en faire quelque chose. Chaque semaine, je repartais avec les mains propres et la tête encore dans l’argile.
J’ai passé des heures à poncer des projets mal construits. J’ai fait des choses dont je suis fière. J’en ai raté beaucoup d’autres. Et c’est précisément ça qui m’a accrochée — pas les réussites, mais le processus. Le fait de ne pas encore maîtriser. Le fait d’avoir encore tellement à apprendre.
Après deux trimestres, j’ai dû mettre les cours en pause pour des raisons personnelles. Et c’est là que j’ai réalisé quelque chose d’un peu inconfortable, quelque chose que je n’avais pas vraiment vu venir : je ne voulais vraiment, vraiment pas arrêter.
Alors j’ai cherché. Un atelier partagé. Un espace pour les amateurs sérieux qui ne cherchent pas à devenir céramistes professionnels, mais qui ont quand même besoin d’un endroit pour travailler. Quelque chose de flexible, d’accessible, pensé pour les gens comme moi — qui vivent dans un appartement en ville, qui n’ont pas la place pour une table de travail et des étagères pleines de pièces en train de sécher, mais qui ont envie de continuer à pratiquer régulièrement.
À Nice, ça n’existe pas. Pas pour nous.
Les ateliers proposent des cours avec un professeur, des sessions encadrées, des programmes. Et c’est exactement ce qu’ils doivent faire — c’est leur métier, et ils le font bien, et sans eux je n’aurais jamais découvert que j’avais besoin de poterie. Mais une fois qu’on a appris les bases ? Une fois qu’on n’a plus besoin d’être guidé·e à chaque geste, qu’on a ses propres projets en tête, qu’on veut juste venir poser son argile sur une table et travailler tranquillement ? Il n’y a nulle part où aller.
L’idée a commencé à gratter.
Elle grattait le matin en me réveillant. Elle grattait le soir en faisant la vaisselle. Elle grattait chaque fois que je passais devant un atelier fermé ou que je regardais mes outils rangés dans leur pochette. Et à un moment, j’ai arrêté de chercher une solution qui existait déjà, et j’ai commencé à me demander : et si je la créais ?
Ce qui m’a décidée, finalement, c’est une pensée assez simple. Si j’ai besoin de ça — et je réalise de plus en plus que oui, j’en ai besoin — alors il y a forcément d’autres personnes qui en ont besoin aussi. Les cours de poterie sont conçus pour transmettre un savoir, une passion, une façon de voir les matériaux et les formes. Ils font exactement ça. Ils nous accrochent. Mais quand la session se termine, on se retrouve avec l’envie de continuer et nulle part où le faire.
Surtout quand on vit en ville, dans un appartement sans atelier. Le modelage à la main ne demande pas beaucoup d’espace en soi — mais il faut quand même quelque chose. Une table. Des outils. Des étagères pour laisser les pièces sécher sans qu’elles se cassent. Un endroit pour y emmener ses pièces à la cuisson.
Alors voilà. J’ai décidé de construire cet endroit.
Pas du jour au lendemain, pas toute seule, et certainement pas sans vous. Le Nice Pottery Club commence petit et honnêtement — une première rencontre dans un café de peinture sur céramique, pour voir si d’autres personnes ressentent la même chose. Si c’est le cas, on crée l’association, on trouve une salle, on lance des séances hebdomadaires. Et si on est assez nombreux·ses, on va plus loin : un vrai atelier partagé, avec des étagères, des outils, des tours, et un four.
Ce n’est pas un cours. Ce n’est pas une école. Ce n’est pas non plus un projet parfaitement ficelé avec un business plan et des investisseurs. C’est juste une idée qui grattait, et qui gratte toujours, et à laquelle j’ai décidé d’arrêter de résister.
Si vous vous reconnaissez dans tout ça — bienvenue.